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REPORTAGE
- L'ARGONOS
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Un chalutier de la Mer
Cantabrique,
par Eric Bauthier (Belgium)
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La Cantabria, cette communauté autonome d'Espagne, correspond à
l'ancienne province de Santander, dont le chef-lieu a d'ailleurs gardé
le nom. Situé au nord de la péninsule Ibérique, le long de la mer
Cantabrique dans le golfe de Gascogne, cette province ensoleillée
compte plus d'un million d'habitants et est le théâtre permanent d'un
tourisme florissant. La Cantabria est une région profondément
accidentée, dominée par de hautes montagnes, telles que le massif des
Pics d'Europe. De larges vallées dessinent une côte sinueuse et
escarpée, ainsi qu'une série de paisibles estuaires, les "Rias",
qui parsèment les deux cents kilomètres de ce littoral. Par le passé,
cette côte abritait les arsenaux d'où partaient les navires des
Conquistadores, explorateurs avides de nouvelles terres de cocagne, tel
Hernan Cortès, rendu tristement célèbre par sa conquête du Mexique
et l'anéantissement du peuple Aztèque. Avec près de deux cent mille
habitants, Santander est néanmoins une ville tranquille et accueillante,
ouverte sur la mer, dont la
population s'accroît considérablement
durant les mois d'été. Elle fait face à une baie majestueuse qui
caresse de son eau fraîche, caractéristique à l'océan Atlantique, de
multiples plages resplendissantes sans parasols ni transistors... Cette
capitale régionale abrite le palais Magdalena, l'ancienne résidence
d'été des membres de la couronne espagnole, ainsi qu'un musée
recelant une magistrale collection de maîtres des XVIIe et XVIIIe
siècles. Santander a su profiter pleinement de sa situation côtière
et ses ports de plaisance ou de pêche sont des plus prospères. Ces
activités sont principalement axées sur la pêche du
"bonitos", le célèbre thon cantabrique, des sardines et des
anchois. Malgré les bouleversements géopolitiques, les méthodes
séculaires de chalutage sont restées artisanales et traditionnelles,
et seuls les moyens techniques facilitent désormais le dur labeur des
pêcheurs, les "pescadores". Le chalutier Argonos est une des
images les plus représentatives de la méthode de pêche actuelle et on
retrouve ce type de chalutier tout le long de la corniche cantabrique,
de San Sébastian à La Coruna en passant par Bilbao et bien entendu
Santander.
Le constructeur
Carlos Alonzo est un fort sympathique modéliste originaire des
Asturies et qui habite aux abords de la capitale belge. Membre du BMB,
le Brussels Model Boats, il est l'heureux constructeur et propriétaire
de l'Argonos, ce magnifique modèle qui suscite l'admiration de bon
nombre de modélistes navals. Carlos Alonzo s'intéresse au modélisme
sous toutes ses formes, à condition que le maître-mot soit avant tout
la reproduction fidèle, détaillée et soigneuse d'un modèle. Il
débuta sa longue carrière, alors qu'il était tout jeunot, par la
reproduction de trains en métal blanc. Pour ce faire, il était
épaulé par son père et ses oncles qui s'adonnaient également à la
construction de miniatures et principalement à la sculpture de petits
objets, héritage que Carlos a encore au bout des doigts; il faut dire
combien il était alors au centre du creuset, car le modélisme était
une affaire de famille... Il découvrit ainsi son habileté à façonner
des modèles réduits à partir des matériaux les plus divers. De fil
en aiguille il se dirigea vers la construction de bateaux, et c'est
ainsi qu'il réalisa de prestigieux modèles tels qu'un garde-côte
américain, avec lequel d'ailleurs il décrocha une médaille d'argent
au championnat de Belgique en présentation, le remorqueur à vapeur du
début du siècle, Saint-Charles, réalisé en tôle; le garde-côte à
voile anglais Shark; le voilier Bonhomme Richard et bien d'autres
modèles de tout gabarit. En matière de figurines, Carlos Alonzo n'est
pas davantage manchot. Il a constitué, au fil du temps, quelques
dioramas mettant souvent en scène des légionnaires romains actionnant
des "machines de guerre" telles que balistes et autre
catapultes, le tout reproduit à l'échelle et dans les moindres
détails, peint à l'huile, et fonctionnel de surcroît. Une autre de
ses réalisations en date est des plus particulière; il s'agit d'un
grenier espagnol des Asturies et de Cantabria, le fameux et pittoresque
"horreo", maisonnette montée sur pilotis de pierre,
construction de toute beauté dont les portes et les différents murs de
bois sont savamment sculptés, représentant diverses triskèles, les
célèbres motifs celtiques; il est vrai que la culture celte influença,
dans les temps anciens, la civilisation espagnole. La construction est
à nouveau entièrement peinte à l'huile, pour lui conférer une patine
réaliste, technique connue et maîtrisée depuis des lustres par les
figurinistes.
Un coup de coeur
Lors de ses vacances en Espagne, Carlos Alonzo avait prit l'habitude
de retourner chaque année dans la ville natale de son épouse,
Santander. C'est ainsi qu'en 1983, se promenant dans le port de pêche,
il découvrit le chalutier Argonos. Passant et repassant autour du
bateau, il eut un coup de coeur pour ce navire aux couleurs attrayantes,
et nanti d'une certaine chaleur latine. "Voilà un beau bateau à
reproduire en modèle réduit" se dit-il et, chemin faisant, notre
modéliste prit note du nom du constructeur qui mit en chantier ce
chalutier, l'Astilleros Solana, nom qui figure sur la cabine de
l'Argonos. Il se mit en demeure de dénicher dans le dédale des
bâtiments portuaires, l'atelier de construction et finalement, a force
d'investigations, il put rencontrer l'architecte du bateau, en personne.
Ce dernier partagea l'engouement de Carlos Alonzo et c'est ainsi que
notre modéliste obtint une copie des plans originaux, à la condition
unique que le seul dessein soit la construction d'un modèle réduit.
Enchanté de cette acquisition, Carlos Alonzo se rendit à nouveau au
port et là, en dépliant les plans, il constata avec un certain
désarroi que de conséquentes modifications avaient été apportées au
chalutier. Ces modifications concernaient
principalement la cabine,
l'appareillage de pêche et le mât tripode. Il est vrai que l'Argonos
naviguait déjà depuis près de sept ans, et au cours de ces années,
il avait été adapté aux conditions de pêche. Soit, Carlos contacta
alors le "patron" du chalutier et lui fit part de son
intention de construire une réplique exacte de l'Argonos. C'est ainsi
qu'il découvrit qu'il existait trois bateaux identiques, portant
respectivement les noms d'Argonos, de Santa Maria Salomé et de Brisas
de montana. Un des ces deux derniers fut d'ailleurs coulé... Il apprit
également que ce chalutier porte le nom du village du capitaine et
qu'il opère principalement dans la mer Cantabrique et pousse de temps
à autre quelques pointes jusqu'aux Açores. Le capitaine et Carlos
sympathisèrent et notre modéliste put ainsi visiter et photographier
le bateau sous toutes ses coutures. Il put même, plusieurs années de
suite, participer à la procession maritime à la gloire de la Vierge El
Carmen, ce qui lui permit d'embarquer sur l'Argonos. Il fut ainsi rompu
aux traditions de la mer. Plus tard, il resta en contact avec le "patron"
du bateau, jusqu'au jour où ce dernier céda son chalutier pour
s'établir dans les îles Canaries. De retour en Belgique, Carlos Alonzo
put désormais entreprendre la construction du bateau pour lequel il
avait eu ce fameux coup de coeur. Il entreprit alors l'élaboration d'un
plan basé sur les nombreuses photos et sur le plan de chantier qui, à
coup sûr, offrait une coque conforme. Ce plan de chantier fut agrandi
deux fois, ce qui arrêta l'échelle du modèle au 1/27 ème.
Petit à
petit, les différentes pièces prirent forme et cette construction
ponctua le cours des autres réalisations de Carlos. A son grand
étonnement, il découvrit, lors de vacances suivantes, que l'Argonos
avait été à nouveau modifié, ce qui posa un certain dilemme à notre
modéliste. Vers la fin des années quatre-vingt, il découvrit même
que le chalutier avait été repeint en rouge alors que sa couleur
originale était bleue. Il était impossible à Carlos Alonzo d'apporter
chaque modification à son modèle et il prit la sage décision de
réaliser la première version qu'il connut du bateau, c'est-à-dire
celle de 1983, date à laquelle il avait pris ses clichés
photographiques. De plus, pour compléter sa documentation, il
découvrit, alors que l'Argonos était en cale sèche, les prises d'eau
implantées dans la coque ainsi que les anodes et le sonar. Il dut alors,
à son retour de vacances, supprimer les quilles antiroulis qu'il avait
installées conformément au plan et agrémenter son modèle des
appareillages manquants. Finalement, la construction de l'Argonos
s'échelonna sur près de sept ans.
L'Argonos
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